Voyages immobiles…

Tant de sensations se mêlent, se choquent, se contrarient parfois, lorsque je pense à lui.
Dès que je pense à lui, la première image qui envahit mon écran, ce sont ses yeux.
Noirs.
Et mon coeur bat plus fort.
Pourtant du temps a passé déjà. C’est toujours là. Vivant.

…Nous sommes dans la rue. Nous sommes sur un quai de la gare de Lyon.
Et maintenant, sur une plage des Landes. A rire dans les rouleaux, et nus dans les dunes que des voyeurs arpentent comme des oiseaux tristes et si peu discrets, avec leurs lunettes noires.
A Paris au milieu de la nuit sur les boulevards, à la recherche d’un taxi, une pluie froide coule dans mon cou.
En émergeant, en sueur, d’un mauvais rêve.
En ouvrant les yeux le matin devant une fenêtre ouverte en grand sur un glacier scintillant, en lui souriant, en passant mes doigts dans ses cheveux.
Près d’une cheminée, le froid dehors, la lueur des flammes et sa main qui remonte, sur ma cuisse, et la chaleur dans mon ventre, instantanée, et puis cette multitude de courants minuscules, qui parcourent mon corps entier de petits arcs d’étincelles, aiguisant mon attente de très longs délices à venir.
Dans cette église où tous les invités sont habillés de noir et où l’on chante des cantiques.
Et maintenant me voilà calée dans le confort du siège en cuir beige d’une auto qui traverse un grand pont vers la Suède, à Copenhague.
Et encore, un lac à mille lieues (au moins), des hommes et de leurs inutiles colères, un lac où des castors invisibles échafaudent des barricades sans jamais rider la surface de l’eau, je ne saurais plus y retourner sauf en rêve, je me souviens juste d’Ottawa, ville étrange, et puis d’une route interminable vers ce silence que seuls les loups déchiraient, la nuit.
Tant de lieux et tant d’instants. Tant de sensations, et toujours cette présence, l’image de ces yeux.

De ses yeux.
Noirs.
Au fond des miens.

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Photo: C.Stocker
Texte: Belle

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