Un amour d’enfance (part1)

Mon Dieu, comme j’avais le trac! On devait se retrouver près de l’église d’Alésia, et on s’était dit qu’on se reconnaîtrait. Ce n’était pas possible qu’on ne se reconnaisse pas! Pourtant quand nous nous étions  embrassés, je m’en souviens, contre le tronc d’un palmier – ce n’est pas confortable du tout, le tronc d’un palmier, ce n’est pas douillet, ça me labourait le dos, à moi, et lui qui me plaquait, qui me poussait, qui me caressait et me fouillait, et sa langue forçait mes lèvres, et son sexe, tout dur, contre ma cuisse. Je n’avais encore jamais connu cette sensation là. Au début, ça ressemblait un peu à mes caresses à moi, à mes doigts sur mon ventre, et sur mes seins, mais très vite aussi il y a eu  cette force. C’était nouveau pour moi, cette force d’homme! – quand nous nous étions embrassés cette fois là, nous avions treize ans, tous les deux.
Nous sommes nés le même jour de la même année, José et moi. Entre nous, il y a plein de signes… Il est mon cousin, et aussi mon double, le négatif de ma propre image. Ses cheveux sont noirs, et son regard, noir aussi.
Moi j’ai des yeux bleus, comme le ciel de Juillet en Catalogne, à Tortosa. Sans nuages. Et en été, quand le soleil s’en mêle, mes cheveux sont presque blancs, à force d’être blonds.
Je n’avais que treize ans mais je savais que c’était lui, la pièce du puzzle qui s’assemblait le plus exactement à moi.
Et dix années plus tard, voilà que je marchais dans les rues, et que nous avions rendez-vous, dans Paris, près d’une petite église.
Parmi la foule. Oh oui! On se reconnaîtrait…

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photos: Tefeari
texte: Belle

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