Sous les Toîts (#2)

pour Rosalie, et Aslé…

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De longues heures aussi, j’étais seule. Je me souviens des soirs de début d’été. Fenêtre ouverte, et les pigeons sur les gouttières.
Quatrième cour, les bruits de la ville me parvenaient comme étouffés, et lointains.
En face, les toîts de zinc.
Ciel bleu. Ciel blanc.
Ciel noir, et le dôme du Sacré Coeur, quand je me penche un petit peu.
Certaines personnes avaient complètement disparu de ma mémoire. Mais en vrai on n’oublie rien…
Derrière la porte du fond, sur le même palier que moi, vivait une très vieille dame, et son chat gris. Il la protégeait des esprits méchants et puis de ses angoisses, la nuit. Et aussi, bien entendu, des souris. Elle voulait toujours que je vienne boire le thé dans son capharnaüm. Elle disait qu’elle habitait là depuis plus de cinquante ans. Elle en rajoutait sûrement un peu, mais quand même, on sentait bien tous ses souvenirs, empilés, les uns sur les autres, et qui n’attendaient que ses mots pour se remettre à vivre.
J’avais pris l’habitude de fermer ma porte doucement, sans bruit, quand je sortais. Elle avait l’ouïe fine, et sa porte s’ouvrait parfois :
-Jeune fille, tu vas en ville? (On était en plein Paris, pas loin du Père Lachaise).
-Oui Nini mais je suis un peu pressée.
– Tu me prends le journal? Tu veux bien?
Je savais que les vieilles marches en bois étaient terribles pour ses jambes fatiguées. Je suis sûre qu’elle les comptait. Je lui faisais souvent quelques courses. En matière d’information, ses goûts étaient plutôt éclectiques, ça allait de Match, au Canard enchaîné, en passant par France Soir. Chez elle il y en avait des piles…
Elle me donnait la mesure de mon âge, de ma jeunesse.
Pourtant, près d’elle, jamais je n’en éprouvais de culpabilité. Elle m’encourageait au contraire, avec ses “Profite ma belle”.
Elle était curieuse aussi, “Il a l’air gentil ton étudiant…”
Mais je ne lui disais pas tout…

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Texte : Belle

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