Sous les Toits (#1)

Je vivais là avec mes amies, les souris. Des petites âmes grises et facétieuses.
Nombreuses aussi!
Elles aimaient bien grignoter mes livres d’étudiante. Je devais les ranger dans une grande cantine en fer. Elles auraient pu tout aussi bien les y trouver, mais elles préféraient la facilité du placard de la cuisine. Alors je leur laissais quelques offrandes, et nous vivions comme ça, en bonne intelligence, elles et moi.
Romain, c’était mon amoureux. Lui il ne les aimait pas du tout. Il faisait semblant, parce qu’il avait peur de me déplaire. Il était mignon. Je crois. C’est drôle, j’ai presque tout oublié de lui. Son odeur? Le goût de sa peau? Toutes ces petites choses importantes. Je me souviens surtout qu’on riait. Quand on était ensemble on passait des heures à rire de tout. Lui aussi, il a du m’oublier. Je ne sais pas. Yo no sé.
Avant d’arriver chez moi, il avait traversé une bonne partie de Paris. Il apportait toujours quelque chose. Des pistaches, des fleurs, des accras, un livre qu’il avait acheté chez un bouquiniste sur les quais, un ananas qu’il avait acheté à la sortie du métro, de vieilles cartes postales, un calendrier tout écrit en chinois qu’on lui avait donné dans un restaurant de Belleville, et toutes sortes de choses qui nous faisaient rire.
Je le laissais gratouiller à la porte un petit moment, comme si je n’étais pas là, et j’imaginais sa tête sur le palier. Ou bien je faisais semblant de parler à quelqu’un pour lui faire croire que je n’étais pas seule. Il était jaloux, mais il n’osait pas me le dire. J’en profitais…
Pendant qu’il hésitait, je me déshabillais très vite et juste avant qu’il ne se décide à redescendre les cinq étages, je lui criais d’entrer, que c’était ouvert, alors il poussait la porte timidement, et j’étais toute nue devant lui.
Il ne m’en voulait pas de jouer avec lui. Il ne s’y connaissait pas trop, en filles, et je lui apprenais.
J’étais un peu comme une grande soeur, j’avais beaucoup de plaisir à lui montrer.
Quand on n’avait pas envie de jouer à ça, on se racontait des histoires qui nous faisaient rire, et ça durait des heures…

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Photo: Naccarato
Texte: Belle

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