Les Pénitents Rouges (#1)

“Lorsque j’ai fait un parfum, j’ai voulu qu’il soit Rouge.
Rouge le parfum?
Oui, comme le feu ou la tâche dans la main quand on s’est brûlé.
Rouge comme la drogue ou la robe dégrafée, ouverte pour laisser passer la main.
Comme l’excès, la jouissance, le sans limite, la liberté, l’extrême provocation, le trop plein, la folie d’un champ de coquelicots, le velouté d’une étoffe, l’ivresse du vin, le roman par excellence, un sublime conte de fées. le rouge, c’est l’érotisme, le sexe, la fascination, la cristallisation dans l’amour fou…”

Sonia Rykiel
(extrait de sa préface pour le “Dictionnaire des mots et expressions de couleur : Le Rouge” de Annie Mollard-Desfour – éditions CNRS)

pénitents rouges

… / …

J’aimerais tant retrouver cet endroit ! Je l’ai cherché en vain, longtemps après. Parfois même, je me demande s’il existe, autrement que dans la mémoire d’une femme amoureuse.
Je ne m’oriente pas très bien, tu le savais déjà, lorsque tu m’as proposé ce voyage.
Toi, tu avais vécu dans ces lieux, enfant, et tout, ici, te parlait encore.
Les troncs gris, tout couverts de mousses et de lichens, la terre brune, le rouge, l’ocre. Le vent.
Et ces rochers suspendus au dessus des combes qui dessinent parfois le contour d’un visage, tour à tour souriant ou menaçant.
Tout ce pays te parlait. Il te racontait des histoires.
Des histoires de gens d’avant… Des histoires que les hommes avaient oubliées depuis longtemps…
Une ruine était apparue, en surplomb la route, quelques murs comme un poing levé qui défiaient le ciel, une danse de pierres empilées dans un équilibre impossible, presque un tas de cailloux, mais tu savais lire ces pages là, et tout à coup de très anciens fantômes reprenaient vie, un instant, que tu  me présentais… Tu vois cette femme? Elle était là, juste là, à récolter quelques brindilles pour qu’une flamme étique vienne réchauffer sa solitude, et sa peau ridée, elle était toujours très belle… elle était fière! Pourtant chaque jour il lui fallait lutter contre le froid, contre le vent et la misère, et la folie qui roulait dans les yeux de son homme, et jusque sous ses paupières closes… son homme, son pauvre amoureux d’avant, vaincu par ses peurs, et par tous ces démons incestueux qui s’acharnaient, qui s’incarnaient tour à tour dans ses paroles blasphématoires – “Me cago en Dios!” – qu’il hurlait vers le plafond, contre le ciel… et quand ils s’en allaient enfin, lassés de lui et de ses tourments, un sourire lui venait aussitôt, qui éclairait son visage, le baignant dans un halo de douceur et de paix, un sourire d’enfant qui lui tirait les larmes…
Cela faisait si longtemps! La mort elle-même et son hideux cortège, avaient délaissé ces ruines, qu’aucun feu ne réchauffait plus. Quelque chose pourtant, un souffle d’air, t’avait parlé, et toi, tu avais su entendre cette voix, immatérielle.
Parfois j’imaginais qu’elle pouvait te parler de bien plus loin encore, bien au-delà. Te raconter la naissance de ces rochers, de ces montagnes, et jusqu’à la naissance du monde…

Emprunt Photographique: A.Rodier
Texte d’Introduction : Sonia Rykiel
Texte : Belle

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