des ronds dans l’eau

Samedi 11 novembre 2006…

Pendant tout le trajet il n’avait pas desserré les dents. Moi, j’avais fini par m’habituer à ses humeurs, je savais qu’elles pouvaient changer très vite. Et puis on est arrivés au bord de ce petit lac.
Un paradis pour les amoureux, j’ai pensé.
J’ai baissé les vitres de la voiture mais je ne suis pas descendue tout de suite. Je voulais sentir l’air humide s’engouffrer dans l’auto, je voulais sentir la chair de poule sur mes bras, je voulais… Il ne disait toujours rien. Il est sorti et il a commencé à marcher vers la berge, le visage à moitié caché par l’écharpe en alpaga dont il est si fier et qu’il porte tout le temps. Il s’est baissé pour ramasser un caillou plat et l’a lancé sur l’eau, lui faisant faire des ricochets. Je l’observais. Et maintenant ces images me reviennent en boucle avec une incroyable netteté.
Je suis descendue à mon tour. Moi, je n’avais pas froid, mais j’avais bel et bien la chair de poule, et en m’approchant de lui je crois que j’ai senti mes seins se durcir un peu, dans leur écrin de dentelle bleue. Il y a toujours sur moi quelque chose de bleu.
Et sous la douche aussi, je garde ma bague sur laquelle est serti un petit saphir. J’aime le bleu, il me va, il m’apaise.
Il y avait un ponton, peut-être pour les barques des pêcheurs, je me suis assise là, avec les jambes qui se balançaient au dessus de l’eau.
Pendant un moment il a continué à lancer des cailloux et j’ai commencé à me sentir énervée.
Et puis, je n’entendais plus le bruit des cailloux dans l’eau, alors j’ai tourné la tête et il a plongé ses yeux noirs dans mes yeux bleus. Soudain, le paysage derrière lui est devenu complètement flou.
J’ai pensé que le lac aux eaux sombres allait m’engloutir.
Et la phrase qui montait à ses lèvres fracassait déjà mes rêves, avant même que l’air humide ne la  portât jusqu’à mes oreilles.
-Belle, je m’en vais.

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photos: appleblossom / tom077

texte: belle


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