Charlie!

J’ai compris ça plus tard. Charlie vivait dans un film, tout le temps. Bon, c’est vrai qu’elle n’était pas la seule, mais elle , elle y allait à fond. Des dizaines de fois je l’ai vue se transformer, tantôt Jekyll, et tantôt Hyde.
Elle arrivait chez moi à l’improviste et, si j’en avais, elle fichait la trouille à mes amoureux, elle les faisait fuir. Pourtant Charlie, c’était vraiment une super nana, le genre de fille dont la plupart des garçons osent à peine rêver, parce qu’ils les croient inaccessibles, parce qu’ils pensent qu’elles vivent sur une autre planète, remplie de princes et de VIP, ou je ne sais quoi.
Quand quelque chose lui arrivait, elle ne pouvait pas s’empêcher de venir me voir. Il fallait qu’elle me raconte. Tout de suite.
J’étais sa meilleure spectatrice. Sa seule confidente.
Je me souviens d’un soir où elle est entrée comme une furie, sans frapper bien sûr. Elle avait un double de mes clés.
Dans la cuisine, les souris jouaient à cache-cache dans les boîtes de Corn Flakes, et moi je jouais avec mon  étudiant gentil, sous ma couette gris-clair-à-petites-fleurs-rouges.
-Elle vient d’où ta housse, Jude?  (Elle n’a jamais voulu me dire pourquoi elle m’appelait comme ça. Autant que je le sache, elle n’était pourtant pas fan des Beatles.)
– !
-Et tu fais pas des cauchemars là dedans?
-!
Romain cherche ses lunettes, il remonte la couette.
Il ne peut plus parler. Evidemment! Il vient de voir se matérialiser devant lui l’un de ses fantasmes les plus secrets, tellement secrets qu’il devient tout rouge dès qu’il y pense, et si c’était maintenant, probablement il penserait à quelqu’un comme Monica Bellucci, moi je dirais plutôt Demi Moore, à cause de la cinglerie…
Et en plus elle s’assoit au bord du lit, et en plus elle lui fait un grand sourire.
Moi je lui fais une jolie grimace, à elle. Parce que moi, je suis très forte en grimaces!
Charlie ce soir là, c’était plutôt Anne Parillaud, dans Nikita. Je ne sais plus ce qui s’était passé cette fois – il lui arrivait tout le temps quelque chose.
Si c’était une chose agréable, c’était “La petite maison dans la prairie”, sinon…
Elle était capable de tout.
Je l’emmène à la cuisine, on se fait un thé. Romain s’habille en vitesse.
Quand il est parti elle éclate de rire: “Tu vois, je leur fais peur!”
Moi, je boude. Mais je l’aime. Elle est complètement folle et avec elle j’ai toujours l’impression que tout peut arriver, sauf bien sûr ce qu’on avait imaginé…

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Photos: Melissa Gilbert / Anne Parillaud
Texte: Belle

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