Il y a des mémoires qui se télescopent, parfois…

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… Alors, je me souviens.

casque blond - photo1

Il y a un chien maigre. Son pelage n’est plus blanc, ça fait bien longtemps. Il farfouille dans les poubelles de l’hôtel, et il sait déjà qu’il va trouver là un trésor, semé de mouches, parmi les déchets des hommes. Son instinct, c’est son guide. Infaillible. Il croit en Dieu, lui.
Un peu plus loin, des enfants. Accroupis en un conciliabule, on pourrait croire qu’ils invoquent des esprits. Pas le Dieu des grands cette fois, ah ça non ! Ce sont plutôt des esprits joueurs avec lesquels ils font leur négoce, mais des esprits très puissants, et qui vivent dans des corps d’enfants. Ceux-là mêmes qui devraient pouvoir, toujours, les protéger de la misère des grands. Enfin !..
Il fait très chaud ici. Et il y a des moustiques. Beaucoup de moustiques.
Voilà. Le reste du cadre est vide. L’évocation discrète d’un désert d’humains. Un désert de cailloux, de poussière. Un désert brûlant.

A Paris dans une rue où je me hâte, passante pressée parmi tant d’autres, je rencontre un miracle, bleu comme le ciel, avec sur la tête, une chechia blanche. Un miracle c’est un de ces instants suspendus bien au delà des nuages et où tout semble être à sa place. Un miracle ne fait rien pour qu’on l’évite ! Et pourtant…
Tête baissée, remplie de tant de pensées importantes, j’aurais pu, très facilement, contourner l’obstacle au grand sourire.
Mais quelque chose au fond de moi avait dû le reconnaître (ou était-ce lui qui m’avait repérée dans la foule, lui qui m’avait choisie ?), enfin dès lors, je ne pouvais rien faire d’autre que de foncer, comme un bélier miniature, casque blond, dans cette grande carcasse noire :  “Bonjour Mademoiselle, il ne faut pas avoir peur, moi, je m’appelle Baba…”

Photo : 300tdorg
Texte : Belle

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