Besoin d’un Guide Mademoiselle ?

L’air est tellement sec, et tellement chaud ! Même le sable des dunes semble vouloir s’embraser. Un tulle devant la bouche, un filtre léger devant cette incandescence, et ma langue parfois sur mes lèvres, les humecter, un peu, il ne faut pas, du gras plutôt, mais je n’en ai pas… et le soleil est à midi. A la verticale de nos têtes, il perce nos crânes plus surement qu’une chignole. Il y a de la vie dans le désert, il y a de la vie… Tu ne m’as toujours pas répondu : pourquoi t’appelle-t-on “Papa”? Remarque ça te va bien. Ta peau burinée, tes rides au couteau. Et tes mains ! Grandes et fortes. Des mains à protéger les petites filles de toutes les peurs du monde : Peur de ce que pourrait cacher la nuit dans la forêt des géants, peur de toute cette vie, immense et inconnue et à venir… Peur de l’inconnu? Sans doute, oui. Et aussi : Peur d’être perdue, dans la ville sous la pluie, quand tu as disparu, en larmes, seule, près de l’étal de la fleuriste, Place des Ternes, en novembre. Alors la fleuriste s’est penchée sur moi avec son grand sourire, et elle a pris ma main, et elle l’a posée tout doucement au creux de la tienne, tu n’avais plus de souffle d’avoir couru en me cherchant parmi la foule, et aussi d’avoir crié mon nom tu n’avais plus de voix. Mais tu m’avais retrouvée. Tu riais ou tu pleurais? Je ne sais pas trop. Mais ma petite main était de nouveau dans la tienne et il pleuvait maintenant, alors tu me prenais dans tes bras et tu m’embrassais comme sur une image de Robert Doisneau. Il y avait déjà du monde installé pour diner dans la grande brasserie lorraine et les gens nous regardaient nous mouiller tous les deux. La fleuriste était déjà retournée à ses petits œillets, à ses roses. La fleuriste avait les joues rouges de froid. Elle avait un parfum de bonheur aussi. Enfin, je crois.
C’est drôle comme on peut changer nos émotions, et maquiller nos souvenirs, les habiller comme des Barbies. Les arranger, les transformer, les agencer comme un peintre compose sa toile, leur dessiner de petites étoiles dessus, et les ranger dans son cahier d’enfant. Pour pouvoir les regarder plus tard et leur sourire : Bonjour mes souvenirs, vos couleurs sont un peu passées, mais vous êtes si beaux, avec un peu de brume. Oui un peu de brume, surtout ! Indispensable brume !..
Donc je sais que tu t’appelles “Papa”, et je marche avec toi, dans un désert immense, beaucoup plus grand que mes rêves…
Tes mains me rassurent, et même, parfois, j’imagine qu’elles frôlent ma joue.
Il y a de la vie, dans le désert !

Emprunts photographiques : tgrando / bladsurb
Texte : Belle

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