Attention à la Blonde !

Le premier jour de Décembre, j’ai eu trente quatre ans !
J’aime bien l’écrire en toutes lettres, ça me donne l’impression que je mastique les mots comme un chewing-gum: “Trente Quatre”.
Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que trente quatre, c’est beaucoup plus agréable à chewinguer que trente trois. Affaire de goûts !
C’est à dire que le trente trois je le chewinguais depuis un bon petit moment déjà…
Alors en voilà un tout neuf !
Ce jour là j’étais en forme, et en déplacement, à Lyon.
La réunion, (J’ai horreur des raccourcis, “Tu peux la rappeler un peu plus tard ? Elle est en Ré-U!” Moi j’aime bien les mots entiers, c’est comme… enfin bref…), la réunion s’attardait, en langueurs monotones, en longues diversions. Je m’ennuyais mais personne ne s’en était aperçu, sauf la petite stagiaire je crois.
C’est mon estomac qui a donné le signal du holà.
Ca faisait au moins une heure qu’il parlait, il faudrait bien qu’il respire à un moment, ou à un autre.
Et c’est précisément ce moment-là qu’a choisi mon organe oublié depuis le matin, pour faire entendre son gargouillis sonore : il avait faim!
Un sourire discret sur les lèvres de l’intervenant Bruxellois. J’avais gagné. Déjà il rangeait ses dossiers ainsi que son portable computer.
Léa la petite stagiaire, Francis, le Belge (sic !), et moi, avons décidé de dîner ensemble. Léa connaissait Le restaurant ultra câblé plus plus, celui où tout le monde allait. Alors nous avons fait comme toulemonde.
J’avais peur du pire, mais finalement c’était un endroit agréable, pas guindé, ni trop branchouillardesque non plus, juste comme il faut !
Etant donné que c’était mon trente-quatrième, j’ai demandé du champagne, et on a trinqué.
On était bien, on discutait à bâtons rompus (Hmm! En voilà une bonne expression à chewing-gum !).
On parlait de Bruges et de ses canaux, et de plein d’autres trucs d’un peu tous les pays…
Le jeune homme qui s’était occupé de nous jusque là, m’avait paru plutôt aimable. Pour être franche, je ne lui avais pas trop prêté attention.  Et puis soudain j’entendis, sortant de sa jolie bouche et adressée à la jeune femme qui desservait la table d’à côté, une de ces plaisanteries qui traînent un peu partout au sujet des filles qui, ô infamie, ne sont pas nées brunes… Et j’en étais, bien sûr, l’unique échantillon tout à l’entour.
Mes deux amis, avec tact, firent semblant (c’est bon le passé simple non ?) de n’avoir rien entendu et tout aurait dû, naturellement, en rester là.
Mais le goujat, emporté par sa bêtise, en proféra une deuxième.
Bon c’est vrai, le champagne m’a un peu aidée…
Ca s’est fait dans un seul geste, comme dans les arts martiaux japonais, tu sais ? Le geste sans pensée.
Je suis debout – Ma tête se tourne vers le garçon – Ma main droite à toute volée sur sa joue de bébé – Avec la bague et le petit saphir bleu que j’aime tant – Et hop, je suis assise à nouveau.
En plus je me suis offert le luxe d’un proverbe en latin, à son intention :
VULNERANT OMNES, ULTIMA NECAT !**
Une mouche vole ? Même une toute petite mouche ? Chacun l’entend dans le grand restaurant ultra câblé, tant le silence est devenu opaque.
Le pauvre garçon est resté là, la bouche ouverte. J’ai honte de moi. Un peu. Pas trop.
Et petit à petit le brouhaha reprend son cours…

**Chacune blesse, mais la dernière tue.

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photos: BeautifulDeath / Tonka
texte: Belle

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