Le Rêve de Pandora

PANDORA !
PANDORA, C’EST LA FEMME !
LA PREMIÈRE FEMME ?
TOUTES LES FEMMES ?
MAIS PANDORA, CE SONT LES HOMMES QUI L’ONT STIGMATISEE !
CE SONT EUX, QUI ONT MIS SUR SES ÉPAULES LA MISÈRE DU MONDE,
POUR CAUSE DE CURIOSITÉ MAL PLACÉE.
TROP FACILE !
MOI J’AIMERAIS BIEN, UNE FOIS ENCORE,
ALLER VOIR CE QUI SE CACHE AU FOND DE SA BOÎTE.
ET QUI SAIT ?
PEUT-ÊTRE Y TROUVERAI-JE AUTRE CHOSE QUE LES TOURMENTS DE L’HUMANITÉ ?
MAIS CHHHT !! POUR L’INSTANT,
ELLE SE CONTENTE DE RÊVER.
JUSTE RÊVER…
SA BOÎTE EST PRÈS D’ELLE. LÀ, TOUT PRÈS…

…/…

1/

Pandora - detail

…/…

… Un peu plus tôt j’avançais, légère sur le chemin, sous les pins majestueux aux troncs tordus. J’étais nue, et le tapis d’humus amortissait mes pas.  Il y avait une lumière très forte, tout au bout, là-bas. J’entends encore mon rire, l’insouciance d’une enfant !

Pourtant l’air ici est brûlant. Des cailloux blancs blessent mes pieds comme autant de pointes menaçantes, et je veux pleurer.

– S’il te plaît, prends moi dans tes bras.  Enlève moi dans les airs

– Me lo dijiste no, que  era yo, tu princesa ? **

– Tu vois bien, c’est un rêve !

Un théâtre de pierres, sous le soleil d’été,  implacable et mortel. Seule.
Au centre de la scène, je tourne et tourbillonne, et mes bras qui tracent des croix dans cet espace d’incandescence,  au ciel, des cris silencieux…
Tourne, tourne encore, la tête lui tourne… La danseuse s’immobilise et s’appuie au colosse de marbre. Tête levée, bouche ouverte, et sa main devant ses yeux qui lui fait une visière, elle aperçoit, tout là haut, le sourire bienveillant du géant de pierre. Mais son regard vide semble perdu dans un rêve, bien au delà des brumes de chaleur.
Au creux de son cou le soleil, qui apparaît à nouveau, signe la fin de l’éclipse.
Je baisse les yeux.

J’étais petite, il y avait une plage de galets, et pour aller plus près des vagues mon père me portait. Les pierres chaudes brûlaient la plante de ses pieds mais il ne s’en rendait pas compte, il ne trébuchait pas. Son trésor juché sur ses épaules bronzées. Ce rire, encore.

Contre la falaise de marbre blanc, le creux d’une grotte où je me glisse. Il y fait frais, comme un miracle. Et le jasmin, et l’orange ! Tous ces bouquets parfumés qui m’entourent, qui me lavent. Je m’endors…


**Tu me l’avais dit n’est ce pas, que c’était moi, ta princesse ?

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Pandora visage

2/

… Echappées du brûlant encensoir, fumées, fumerolles, mille, et cent, bien plus que je n’en saurais compter, lèchent ma peau, de leurs langues parfumées. Elles dessinent en volutes grises, sur mon corps, des vêtements aux allures changeantes. Une impalpable danse.
Selon les désirs incertains des vents qui me caressent, j’apparais tantôt nue, tantôt voilée.

Pandora seinOeil, sein, sexe…

                                            Les yeux se ferment, et le coeur s’arrête.

                                            Je me prélasse… me dilue.

                                            Puis je plonge enfin, dans mon rêve.

.

à suivre…

Extraits d’Images : “Eva Prima Pandora” – Jean Cousin (vers 1550) – huile sur panneau – Musée du Louvre
Texte : Belle